Saint-Sylvestre avec James le majordome

Articles Amandine Cauchy | Saint-Sylvestre avec James le majordome

Il était une fois une question qui revenait chaque année à l’approche de l’hiver : « On fait quoi pour le Nouvel An? » . Commun pour beaucoup d’entre nous, cette interrogation prend une toute autre dimension chez nos voisins scandinaves. Festoyer à l’extérieur par –20°C est difficilement envisageable, même pour les fiers descendants des Vikings. La légende raconte que les Suédois aiment se lancer à la chasse aux orignaux le soir du 31 décembre, mais en vérité, les Scandinaves ne sortent guère que pour lancer quelques feux d’artifice de leur jardin, avant de se précipiter au chaud, dans le douillet canapé, devant la petite lucarne.

Car c’est bien là que se déroule l’essentiel de la fête. En Suède, la soirée du Nouvel An est un événement télévisuel. Peu importe que les programmes diffusés soient exactement les mêmes depuis des dizaines d’années, les Suédois ne s’en lassent pas. En tête d’affiche, un petit film d’une dizaine de minutes, « Dinner for one », plus connu sous le nom de « Same procedure as last year » – « Grevinnan och betjänten » en suédois -, qui fête cette année son quarantième anniversaire. L’action a bien sûr lieu un soir de Saint-Sylvestre. Miss Sophie célèbre son anniversaire en compagnie de ses amis depuis longtemps disparus, sauf dans son esprit. Son fidèle majordome, James, joue à merveille le jeu de sa maîtresse et agit comme si la large tablée était réunie. Il interprète avec soin – surtout au moment de vider les verres -, l’ensemble des convives imaginaires. Mais si son cœur est gros et généreux, il n’en va pas de même pour son estomac. Après la soupe au curry, le poisson au vin blanc, le poulet au champignons et les fruits au Porto, et bien sûr les innombrables verres, le pauvre James tient tout juste debout et enchaîne les gaffes, sous l’œil candide de Miss Sophie. Comme chaque année, il manque de trébucher sur la tête du tapis en peau de tigre qui orne le salon. Et comme chaque année, il promet de « tuer ce chat ».

L’histoire du gentil-serviteur-ivre est simple mais fait recette, pas seulement en Suède mais aussi au Danemark, en Finlande, au Groenland, en Autriche, en Suisse, en Afrique du Sud et en Australie. Le Luxembourg et l’Estonie viennent de rejoindre la tradition. Seule la Norvège déroge quelque peu à la règle en le diffusant le 23 décembre au lieu du 31. En effet, comme l’a indiqué la chaîne danoise DR à l’occasion d’un documentaire spécial anniversaire, « ce n’est pas Noël en Norvège s’il n’est pas programmé » .

Quarante ans de diffusion et toujours autant de fidèles, toutes catégories confondues. La chaîne danoise parle d’un culte. C’est, tout au moins, un rituel. Chacun y trouve son petit plaisir. Beaucoup connaissent le script par cœur et reproduisent avec joie les dialogues, très minimalistes, de la comédie – « Same procedure as last year ! » . D’autres choisiront de trinquer, avec James, pour Sir Toby, Amiral von Schneider, Mr Pommeroy et Mr Winterbottom, les invités imaginaires. Une bonne excuse pour se réchauffer.

Amandine Cauchy – le 31 décembre 2003