Quand des comédiens amateurs…

Articles Amandine Cauchy | Quand des comédiens amateurs…

 …s’emparent de la dramaturgie allemande

Des comédiens amateurs. Un metteur en scène. Un auteur, Bertolt Brecht. Deux pièces, « Vol au-dessus de l’océan » et « L’importance d’être d’accord ». Une représentation, dans un petit mois…

Un pluvieux dimanche d’hiver, dans une salle de répétition du théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis. Une trentaine de personnes sont assises là, script à la main, à attendre des directives. A première vue, difficile d’imaginer tout ces gens, ensemble, sur des planches. Lui, ce jeune garçon, qui arpente la pièce sur son skate-board de fortune. Elle, cette jeune fille, qui, une jambe replié sous les fesses, préfère écouter son baladeur que les recommandations de l’assistante. Et puis tous ces autres, les jeunes, les vieux, les attentionnés et les plus dissipés, les collants de danse et les nus pieds, les baggy-baskets.

« Allez, on reprend où on en était hier, « rue des Oliviers » ! ». Pierre Hoden vient d’entrer dans la pièce. Le maître, c’est lui. Et hop, tout le monde de se placer, en quelques secondes. Tous, à l’exception de quelques-uns, qui observeront en silence leurs condisciples s’affairer. D’autres hésitent encore : « Ah, moi aussi j’y suis ? » s’interroge une jeune fille. Il faut se décider vite. La grande première est pour bientôt, à peine un mois en fait.

Mais Pierre Hoden ne s’inquiète pas. « Au lancement du projet, en octobre, ils étaient environ 70. Maintenant, ils sont 30. La sélection s’est faite naturellement ! » , explique t-il avec un certain enthousiasme et une fierté non dissimulée. « On leur demande beaucoup d’efforts et ils le font ».

Ca, c’est du Pierre Hoden, en aparté. Côté salle de répétition, le bougre s’électrise, saute de sa chaise, délie bras et mots au moindre truc qui cloche, au moindre accident. Inlassablement, il demande répétition. Encore cette même scène, où « la foule » se déplace : « Arrivez à vous concentrer là-dessus. Ne vous déplacez pas en troupeau de mammouths ! Le tracé, le mouvement a son importance, il doit être intéressant aussi » . Tout est calculé, minuté, calé : « vous devez arriver à [tel point] quand l’orateur dit [tel mot] », répète le metteur en scène à sa « foule ». Un apprentissage de la rigueur. De l’espace aussi.

Pour tenter d’optimiser leur jeu, le metteur en scène interroge. Les fait réfléchir aux mots, aux sens de la pièce. Ces parenthèses de dialogue permettent aussi à chacun de participer au processus de création. « Bon, sur cette partie on fait quoi ? » , interpelle Pierre Hoden, dans l’attente. La parole est aux jeunes disciples.

A un mois de la première, le chemin paraît encore long. Pierre Hoden, lui, se veut rassurant. « Aujourd’hui, on ne travaillait que ces quelques scènes qui ne sont pas prêtes, mais tout le reste est prêt ! Tout va se déterminer dans les dernières semaines ». Alors, cette expérience ? « Travailler avec des amateurs prend trois fois plus de temps, alors qu’on dispose souvent de trois fois moins de temps ! Pour le reste, pas de différence. Sur un plateau on ne demande pas [à un comédien] s’il est professionnel ou non ».

Amandine Cauchy – le 14 février 2005