Michel Sala

Articles Amandine Cauchy | Michel Sala

Spectacles, cours de danse pour professionnels, médiathèque et conférences : le flambant neuf Centre national de la Danse de Pantin offre tout, absolument toutes les possibilités autour de l’univers de la danse. S’il n’est ouvert que depuis peu – mars 2004, inauguré en juin-, la genèse de cet « outil unique en Europe » remonte loin, très loin. Michel Sala, son nouveau directeur, en témoigne. Rencontre.

Michel Sala est juriste de formation. Il est élégant et droit. Son oreille est attentive. Ses mots sont justes, amoureux, convaincus. Infatigable, Michel Sala aime à raconter son histoire, pour le moins atypique. Un parcours qui s’est construit sur des rencontres. Vers une passion, la danse, que Michel Sala pratiquait depuis longtemps « sans aucune prétention ».

1982. Michel Sala rencontre la chorégraphe Régine Chopinot et commence à mettre ses compétences de juriste au service de l’art. 1986, Michel Sala suit Régine Chopinot à La Rochelle lorsqu’elle prend la direction du Centre chorégraphique national de Poitou-Charentes. Il y sera d’abord en charge de la diffusion, puis administrateur. « Puis nait l’idée de créer le Ballet de l’Atlantique ». C’était en 1993.

1997. Le nom de Michel Sala croise celui du Ministère de la Culture, qui réfléchit fortement à la création d’un centre de la danse d’envergure nationale. Un embryon de projet pour une grande ambition. Un projet rêvé. Un challenge aussi : donner un nouveau souffle au secteur chorégraphique, alors en grande souffrance en France.

La genèse d’un centre unique en France
Début des années 90, « la prise de conscience était de plus en plus grande, sur plusieurs points ». La France est en plein « années Sida », qui emportent des grands noms de la danse. On s’interroge alors. Que reste t’il de leur travail ? On réfléchit. « Les chorégraphes ont besoin de mémoire. Cette mémoire peut se constituer autour de croquis, de dessins. La danse ne doit pas être un art de l’éphémère ».

En outre, malgré un fort soutien de l’Etat à la création et la multiplication des centres chorégraphiques, l’enseignement manque d’une structure forte. En 1989, l’Etat adopte une loi sur l’enseignement sur la danse. L’idée d’un regroupement des lieux de travail nait ensuite. Un lieu fédérateur, pour étudiants et chorégraphiques. Pour le public aussi.

L’idée d’une « institution neuve, qui ferait tomber les barrières » s’impose. Pendant 4 ans, le lieu idéal sera recherché, avant que soit finalement dénichée cette ancienne cité administrative de Pantin. « Enfin, le rêve devenait un projet digne de ce nom ».

Une ville qui s’organise autour de la culture
1997. Michel Sala débarque au milieu de ce foisonnement d’idées. Le Ministère de la Culture le nomme à la direction de préfiguration du Centre. Il est chargé de travailler avec les différentes équipes d’architectes. « Pantin était comme un cadeau du ciel », se rappelle Michel Sala. « Le bâtiment était parfaitement adapté. On pouvait y caser onze studios, une médiathèque…. Tout pouvait rentrer ! ».

L’actuel directeur rejette tout doute sur un supposé handicap dû à sa situation « en banlieue » et en Seine-Saint-Denis. Selon lui, le Centre a tout à gagner de sa situation, dans une ville qui a « un véritable potentiel d’expansion » (avec par exemple la réhabilitation des Moulins de Pantin en bureaux) et qui n’est finalement « pas au bout du monde » : « les visiteurs s’en rendent bien compte… La preuve : ils ont systématiquement un quart d’heure d’avance », sourit le directeur. Enfin, le directeur apprécie la proximité du complexe éducatif de la Villette, qu’il juge « symboliquement très importante ». « L’image du 93 va changer, assure t’il. La Seine-Saint-Denis va avoir un enjeu très important dans les Jeux Olypiques ».

Une affaire qui marche
Depuis six mois, le Centre national de danse fonctionne à plein régime. Les studios marchent très bien et « il est parfois dur de trouver un strapontin » aux spectacles. La programmation du Centre, Michel Sala la veut variée, fidèle représentante de toutes les esthétiques. Je suis un « militant de la danse en général, (…) Je ne cherche pas à hiérarchiser », se défend il. « Certes, nous avons beaucoup de danse contemporaine dans notre programmation, (…) mais cette programmation reflète la réalité de la création ». Côté cours, dans l’idée d’offrir aux professionnels la possibilité « d’élargir leurs compétences », « nous proposons même des stages de danse baroque ! ».

Michel Sala est confiant. Même si son histoire « ne lui a pas permis de se développer autant que la musique ou le théâtre », la danse-spectacle a su refaire surface et tend à attirer de plus en plus de spectateurs. Pas de doute, selon lui, la danse est un art « en phase avec l’époque », un art qui symbolise si bien ce que chacun recherche, « l’harmonie entre le corps et l’esprit ».

Amandine Cauchy – le 11 avril 2005