Londres a enfin identifié 115

Articles Amandine Cauchy | Londres a enfin identifié 115

Il est des mystères qui restent irrésolus pendant des années. Celui-ci l’a été pendant seize ans.

18 novembre 1987 : les couloirs du métro londonien de la station King’s Cross sont ravagés par les flammes. Il est 19h30. L’heure de pointe est terminée mais la station, équivalente à celle du Châtelet à Paris, n’a guère désempli. Trente et une personnes y perdront la vie. Trentre et une personnes dont un SDF de 73 ans, Alexander Fallon, qui vient enfin d’être identifié.

En désespoir de cause, la police, qui l’avait initialement identifié comme « Michael », nom d’une personne portée disparue, s’était rabattue sur le patronyme de « victim 115 », nombre qu’il portait à la morgue. Pourtant, ce n’était pas faute d’avoir cherché sa véritable identité. Prouesse de la technologie informatique, les enquêteurs étaient parvenus à reconstituer le « visage »-type de « 115 », à partir de quelques fragments de peau épargnés par les flammes. Interpol mobilisé, les recherches s’étaient étendues en Chine, au Japon et en Australie. Chose étrange, personne ne réclama « 115 ». L’affaire fut classée, reléguée au fond d’un tiroir, tandis que le corps gisait anonymement dans un cimetière du nord de Londres, partageant la tombe d’une autre victime de l’incendie.

A quelques kilomètres de là, Mary Leishman, citoyenne britannique, n’avait jamais pensé que « 115 » pouvait être le père dont elle avait perdu la trace quelques années auparavant. Mais l’âge de « 115 » avait été estimé entre 40 et 60 ans, et non proche des 70 ans. Jusqu’à ce petit matin de l’année 2002, où elle commence à se poser des questions – soit quatorze ans après ! D’un jour à l’autre, elle remonte le fil, qui aboutit rapidement à de troublantes similarités entre « 115 » et son père : tous deux étaient des personnes de petite taille, qui avaient été de gros fumeurs et portaient une broche au crâne suite à une opération. Mystère résolu.

Si morale il y a, elle concerne la prise en charge des SDF. Alexander Fallon était l’un des nombreux sans-abri de la capitale anglaise, qui vivent dans des conditions misérables, errant d’un foyer un autre. Originaire de Falkrik en Ecosse, il avait atteri à Londres sans un sou, après avoir perdu sa femme, morte d’un cancer. L’association caritative Saint Mungo n’a pas manqué de rappeler que le cas d’Alexander Fallon est loin d’être unique. Si les jeunes SDF attirent plus l’attention, ils sont pourtant moins nombreux que leurs aînés. En outre, la moitié des SDF âgés de 50 ans et plus le sont seulement devenus après leur cinquantième anniversaire. Comme pour M. Fallon, la perte du conjoint est souvent l’élèment déclencheur. S’ensuit souvent une rupture avec le reste de la famille. Mary aura retrouvé la trace de son père, mais trop tard.

Amandine Cauchy – le 26 janvier 2004